La filière face à un choc d’attractivité !

Dans un contexte de pénurie de main d'œuvre, le secteur de la carrosserie entend attirer et susciter des vocations. Confrontée à un métier en tension qui ne dit pas son nom, la filière tente de transformer l’essai à travers les initiatives de ses syndicats représentatifs, mais aussi des réseaux spécialisés.
Malgré 17 000 apprentis en formation, les ateliers continuent de perdre des compétences.
Malgré 17 000 apprentis en formation, les ateliers continuent de perdre des compétences. © Five Star

« Je ne connais pas une carrosserie aujourd’hui, qui ne cherche pas un compagnon, y compris les concessionnaires, et plus généralement les MRA », explique Laurent Fourcade, président de la FFC (Fédération Française de la Carrosserie). Le constat est d’autant plus préoccupant, au regard de de la pyramide des âges marquée par le papy-boom. « Nous sommes inquiets, reconnait le responsable Nous allons entrer dans une perspective avec moins de jeunes. »

De fait, 47 000 carrossiers-peintres sont actifs aujourd’hui, dans l’Hexagone. Au regard du nombre de carrosseries (évaluées à 17 800 établissements), deux à trois compagnons exerceraient dans chaque atelier. Pour Hervé Charbit, directeur du réseau Five Star France, les chiffres (source ANFA) sur le front de l’emploi sont révélateurs. Près de 4000 postes seraient vacants, souligne le responsable, qui rappelle que 38 % des recrutements sont jugés difficiles. Au demeurant, un tiers des besoins ne serait pas pourvu. Derrière la réalité d’un marché de l’emploi tendu, la problématique des départs à la retraite pose un enjeu structurel. « Nous perdons des compétences, qui ne sont pas compensées par les jeunes recrues », fait savoir Hervé Charbit.

Si la filière dispose d’un réservoir de 17 000 apprentis, avec une part croissante d’alternants, ce potentiel se révèle en effet insuffisant pour répondre aux besoins de la profession. « Nous sommes face à un enjeu majeur et prioritaire. Nous devons transmettre plus rapidement notre savoir-faire, permettre aux jeunes recrues de monter en compétences, tout en fidélisant les compagnons déjà en poste », résume le responsable.

Un métier « salissant, bruyant, fatiguant »

De fait, le manque d’attractivité de la profession reste réel. « Il y a un déficit d’image au regard de l’aménagement des ateliers, constate Hervé Charbit. Le métier a évolué aussi sur le plan technique, avec les ADAS et les voitures électriques dont les réparations se distinguent des modèles thermiques, y compris dans la peinture. » Malgré ses mutations, le métier de la carrosserie n’apparait pas « glamour » aux yeux de la génération Z. « Il reste perçu comme salissant, bruyant, fatiguant », abonde Laurent Fourcade. La question porte forcément sur la capacité de la filière à redorer le blason de la profession. « L’amour du métier s’est perdu, ajoute-t-il, même si certains profils possèdent les compétences requises, tout en portant un projet professionnel pour se mettre à leur compte. » Car le métier reste attractif, selon le responsable de la FFC.

Pour autant, la perception de cette profession demeure artisanale. Hervé Charbit (Five Star) de noter, par ailleurs, une méconnaissance des jeunes quant aux opportunités d’évolution de carrière. « Notre enjeu est de faire-savoir que le métier de la carrosserie suppose d’être qualifié. Il est technique, évolutif, et il représente un secteur d’avenir. » D’autant que l’heure est à la digitalisation des process, qu’il s’agisse des spectrophotomètres ou de la préparation automatisée des teintes. La réception se digitalise aussi avec les tablettes, la gestion des ateliers s’opère à partir de DMS. L’IA fait également son entrée dans l’estimation des réparations.

 

Un enjeu de communication

Dès lors, face à un taux de déperdition en formation qui atteint 50 %, et à un niveau scolaire des élèves en fin de 3e jugé insuffisant au regard de la technologie actuelle des véhicules, l’attention porte sur un nouveau profil d’apprentis issu de la reconversion. Ces apprenants plus âgés, titulaires parfois d’un Bac +3, se distinguent par leur motivation, au point de retenir l’attention de la FFC. « Cette filière peut prendre de l’ampleur », estime Laurent Fourcade. A titre d’exemple, au lycée professionnel de Toulouse, elle représente une classe d’apprenants qui ont fait un choix « réfléchi » de s’orienter vers la carrosserie et la peinture. « En ce sens, ils sont décidés, et vont y arriver. »

Dans ce contexte, la communication reste un véritable enjeu pour la profession. « Les jeunes qui font des stages en 3e par exemple, sont séduits, observe Adeline Bourdon, présidente d’Axial. Le métier permet de travailler différents matériaux comme l’aluminium ou le plastique. Il nécessite des connaissances. Il se diversifie aussi, avec l’électronique. Mais nous avons du mal à communiquer sur l’attractivité des métiers, malgré les évolutions des salaires par exemple, ou les possibilités d’évolution pour se mettre à son compte. » Les réseaux et les syndicats professionnels tentent pourtant de prendre l’initiative. Ainsi, une campagne de communication a été lancée sur le réseau social TikTok, l’an dernier. Toutefois, le nombre de vues et les retombées restent limitées. « Notre profession n’est peut-être pas assez spectaculaire », concède la responsable. L’enseigne poursuivra ses efforts cette année, à travers l’organisation de ses premières olympiades des métiers.

 

Les réseaux à la manœuvre

En parallèle, les centres de formation d’apprentis (CFA) se mobilisent aux côtés des réseaux. A Toulouse, le CFA local héberge une classe aux couleurs d’Axial. Cette dernière initiative a été déployée aussi à Bordeaux et à Nice. Au total, 26 élèves suivent le cursus. « L’euphorie du début du projet est entachée par la perte de contrats en cours de route, mais nous continuons à le développer, souligne Adeline Bourdon. La force du programme est de créer un sentiment d’appartenance positif. Cependant, les chefs d’entreprise doivent aussi se remettre en question, pour intéresser les apprentis et les faire évoluer. » En outre, l’attention de l’enseigne porte, là aussi, vers la reconversion, à travers un projet mené en partenariat avec Mobipolis et la FRCI (Fédération des Réseaux de Carrosseries Indépendants) à Lyon.

Conscient de l’urgence de revaloriser la profession afin de favoriser l’employabilité et la fidélisation, Five Star s’est emparé également du sujet. L’enseigne soutient la montée en compétences des collaborateurs, à l’instar des programmes de formation sur le véhicule électrique en lien avec le CESVI. Mais le réseau prévoit d’aller encore plus loin, pour changer la manière d’aborder, de recruter, et de manager les jeunes recrues. Ainsi, au cours du second semestre 2026, un dispositif national innovant et « ambitieux », sera lancé. Il visera à répondre à la problématique de recrutement des carrossiers. « Il nous faut comprendre comment toucher les jeunes, créer un scénario pour les attirer vers le métier, et cibler les talents », explique Hervé Charbit.

 

Des partenariats gagnants

Tandis que les portes ouvertes des centres de formation d’apprentis mettent l’accent sur les équipements des ateliers et la mise en situation des véhicules, le dernier salon de l’automobile de Toulouse a innové à travers le stand « construis-moi une voiture ».  En association avec la fédération française de la carrosserie, le lycée professionnel Joseph Gallieni, et le CFA de la région Occitanie, les apprentis en carrosserie, peinture et mécanique, se sont relayés pour redonner forme à un modèle accidenté.

En matière de communication entourant la profession de carrossier, il y aurait des actions à faire, concède Alain Custey, président de la FRCI. Après l’expérience de la plateforme Choc.media, un dispositif non reconduit cette année, la fédération s’est rapprochée des compagnons du Tour de France. L’enjeu étant de valoriser la profession, à l’image également des WorkSkills, dont la FRCI est partenaire. Car si la rémunération reste un élément essentiel pour recruter, elle ne suffit pas. « Dans nos micro-boites, sans comité d’entreprise, ni avantages sociaux particuliers, la différence se fait dans la complicité entre les compagnons et les dirigeants », expose le responsable.

A l’heure de valoriser, de former, de monter en compétences, et de donner des perspectives aux carrossiers-peintres de demain, ces défis supposent l’engagement de la profession dans son ensemble. « Nous avons la conviction, de la nécessité d’être présents à travers les classes Axial, et les journées métiers dans les collèges, pour faire découvrir notre métier et susciter l’intérêt », souligne Adeline Bourdon. Et de rappeler : la carrosserie est un métier en mutations, rentable, valorisant, et appelé à perdurer.

Article de Jean-François Leray publié dans Profession Carrossier N°115

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