Labels, tarifs, services… la PQE sort de l’ombre

L’inflation des coûts de réparation mobilise les compagnies d’assurance. Face aux limites de la pièce de réemploi, la stratégie porte à présent sur le recours à des pièces de qualité équivalente. Désormais certifiées, bénéficiant d’une législation favorable et de tarifs contenus, elles dessinent le futur de la carrosserie.
La libéralisation du marché des pièces de carrosserie bénéficie déjà au vitrage, aux optiques et aux rétroviseurs.
La libéralisation du marché des pièces de carrosserie bénéficie déjà au vitrage, aux optiques et aux rétroviseurs. © VSF

La pièce de qualité équivalente (PQE) poursuit son avancée sur le marché de la carrosserie. Cette évolution s’inscrit à l’heure où les assureurs deviennent acteurs et distributeurs de pièces, observe Stéphane Colet, dirigeant d’Odipra. « Cette stratégie met en lumière les PQE. Elles répondent à un contexte marqué par la hausse du prix des pièces constructeurs », analyse-t-il. Rappelons que le coût du panier de pièces SRA a progressé de 7,6 % l’an dernier, après une envolée de 7,8 % en 2024. Au regard de la structure des coûts de la réparation-collision dominée par les pièces (52,1 %), devant la main-d’œuvre (37,4 %) et la peinture (10,5 %), cette orientation mobilise les assureurs et les mutuelles. Pour contrer cette inflation, les alternatives reposent sur la PIEC (pièce issue de l’économie circulaire) ou la PQE, fait savoir Stéphane Colet.

Dans les faits, le champ d’application des PQE demeure encore limité. Il adresse les capots, les pare-chocs avant et arrière, les ailes avant, les rétroviseurs, mais aussi les phares. Le vitrage est également concerné. En d’autres termes, la PQE exclut les éléments soudés, les portes et les intérieurs. Des éléments dont la complexité technique en matière d’emboutissage détourne les producteurs. « Le panel de PQE est sans commune mesure avec le catalogue des constructeurs, observe le dirigeant. Il va couvrir 10 % à 15 % des besoins. » Un seuil contenu, mais en progression. « La pièce adaptable d’hier, avait souvent mauvaise presse en raison de problèmes d’ajustage, rappelle Stéphane Colet. Mais elle a laissé la place à des composants de meilleure qualité. Ils ont contribué à rassurer les professionnels et les donneurs d’ordre comme les assureurs. » Avec l’objectif d’en faire une alternative crédible à la pièce d’origine.

 

Un cadre réglementaire en évolution

Cette évolution suppose de définir les notions de pièces d’origine, équivalente, et de contrefaçon, rappelle Charles Aronica, directeur général de la FIEV (Fédération des Industries des Équipements pour Véhicules). « Selon les règles de concurrence applicables au secteur automobile, les pièces d’origine sont définies comme des pièces fabriquées conformément aux spécifications et aux normes de production fournies par le constructeur pour la production des pièces destinées à l’assemblage d’un véhicule automobile. » Ainsi, une pièce est considérée d’origine, si elle est fabriquée par le constructeur du véhicule, l’équipementier de première monte et livrée au constructeur… mais également, si elle est produite par l’équipementier de première monte et livrée aux distributeurs indépendants.

Jusqu’en 2010, la définition des pièces de qualité équivalente reposait sur des critères techniques. Depuis, la définition légale contenue dans les textes européens, se veut plus subtile, remarque le responsable. « Les PQE sont définies comme des pièces dont la qualité est suffisamment élevée pour que leur emploi ne porte pas atteinte à la réputation du réseau agréé par le constructeur ». Certaines pièces ne répondent pas à cette condition, et peuvent donc être qualifiées de pièces adaptables. « Celles-ci sont très souvent, à tort, confondues avec les pièces de contrefaçon. »

En parallèle, l’adoption de la loi dite climat et résilience du 22 août 2021 a entériné l’ouverture partielle à la concurrence de la vente des pièces de rechange automobiles visibles, à compter du 1er janvier 2023. Cette libéralisation relative, s’applique à toutes les pièces visibles, à l’exception du vitrage pour lequel le législateur a prévu une libéralisation totale. En France, ce dispositif exclut néanmoins les pièces de robe fabriquées par les constructeurs pour les véhicules de moins de 10 ans.

 

Un marché à structurer

Bénéficiant d’un contexte réglementaire progressivement plus favorable, la PQE fait son nid dans la carrosserie. « L’offre disponible sur le marché peut couvrir jusqu’à 20 % des pièces d’origine, analyse Stéphane Noeuvéglise, président d’Alpha Scale (la plateforme de distribution en ligne développée par Prefikar, du groupe AXA). Pour autant, sa part de marché se limite entre 7 % et 10 % en France. « Le segment ne s’est jamais vraiment structuré, remarque le responsable. La réglementation sur la protection des dessins et modèles, a limité son essor. » De même, la qualité des pièces se révèle « hétérogène ». « Ces phénomènes ont limité leur impact sur le marché ».

A présent, la structuration de l’offre engagée par le distributeur s’accompagne d’une qualité de service. « La mise en place d’un catalogue suppose une assise financière importante pour stocker, sécuriser les disponibilités, et assurer une livraison en 24 heures », explique le responsable. Car la donne change. Dans un contexte d’inflation des prix des pièces, les assureurs se sont tournés vers la pièce de réemploi (PRE) dans un premier temps, de manière à réduire le coût des réparations. Désormais, la libéralisation ouvre une nouvelle voie. La tendance s’accompagne de la mise en place de méthodes de certification des pièces de robe ou de peau. Cette approche s’appuie en particulier sur l’expérience espagnole. « Ce marché est historiquement concurrentiel », rappelle Stéphane Noeuvéglise. Il bénéficie de la libéralisation des règles en matière de dessins et modèles.

 

La certification de la PQE

Le Centro Zaragoza illustre la professionnalisation engagée. Le site s’appuie sur des process de certification des PQE en vue d’analyser la conception, la composition, la résistance, ou les capacités de déformation des éléments via des crash-tests. De même, le TÜV en Allemagne, et Thatcham au Royaume-Uni, veillent au respect de ces critères techniques. « Le sujet est stratégique, souligne Stéphane Noeuvéglise. Nous avons construit une gamme de pièces de qualité équivalente certifiée l’an dernier. » Ainsi, 8 000 références ont été sélectionnées de manière à maitriser la qualité et le prix. Pour les réparateurs, la PQE donne accès à de meilleures marges en euros (de l’ordre de 20 %), tout en permettant aux assureurs de réduire leur coût-sinistre grâce à un dépositionnement tarifaire de l’ordre de 25 %.

Pour l’heure, le nombre de fabricants à opérer sur le marché de la pièce non issue des constructeurs reste encore limité en matière d’éléments visibles, malgré la libéralisation engagée. Les PQE certifiées proviennent principalement des usines basées à Taiwan. Cette concurrence asiatique emmenée par Tong Yang, complète les productions européennes. Ainsi, le fabricant espagnol Oran Auto opère sur les pièces embouties, aux côtés de Phira présent sur les pare-chocs, et de l’italien Prasco. Tandis que TYC s’est spécialisé sur les optiques de phares. Ce dernier segment se partage désormais entre les pièces estampillées des constructeurs, celles des équipementiers d’origine (Valeo, Magneti Marelli et Hella), et la PQE en provenance également de Keeway ou Abakus dont le dépositionnement atteint 35 %. Enfin, du côté du vitrage, une dizaine de fabricants originaires de Chine, du Japon, d’Afrique du Sud, de Turquie et d’Europe, est à l’oeuvre.

 

L’exemple du vitrage

Sur ce secteur, les ventes de parebrises équivalents progressent « clairement », note Olivier Alamelou, responsable technique du groupe VSF (Vitro Service France). « Elles sont portées par l’ouverture du marché, la recherche de compétitivité économique, et la capacité des distributeurs spécialisés à proposer des références conformes et disponibles rapidement ». Si les vitres latérales, les custodes, les lunettes arrière, et dans certains cas les toits panoramiques fixes sont disponibles, la majorité des opérations concerne le pare-brise. A condition de respecter une exigence « absolue » de compatibilité technique et d’homologation, notamment via le marquage 43R. En complément, les organismes comme le CESVI France peuvent tester et labelliser certains produits ou équipements. « Dans le vitrage, la vraie question n’est pas seulement l’origine de la pièce, mais son niveau réel de conformité », souligne le responsable.

Ainsi, la qualité optique, la précision dimensionnelle, la bonne intégration des accessoires, et surtout la compatibilité avec les systèmes ADAS, HUD (affichage tête haute), mais aussi les capteurs pluie/lumière ou les traitements acoustiques, sont à prendre en compte.

 

La réplique des constructeurs

De fait, le potentiel du marché des PQE en France est à mettre en perspective avec l’harmonisation de la réglementation européenne attendue le 9 décembre 2032. A cette échéance, tous les fournisseurs de pièces pourront fabriquer et vendre des pièces de rechange visibles, sans restriction d’année ou de nature de pièces. Face à cette orientation, les firmes automobiles s’organisent. Ainsi, le « brand naming » a fait son apparition. Celui-ci concerne notamment les optiques, dont la face visible est estampillée désormais d’un logo constructeur. La tendance se retrouve également sur le vitrage, à l’image de Ford Glass qui imprime la silhouette de ses modèles sur le pare-brise. A présent, les éléments de carrosserie n’échappent pas à cette règle, notamment du côté de Fiat sur la Grande Panda.

En parallèle, Stellantis a commencé à créer une gamme de pare-chocs siglée Eurorepar, sa marque de distributeur. Dans ce contexte, la PQE certifiée doit répondre aux mêmes exigences que la pièce d’origine en matière de distribution et de mise en œuvre, remarque Stéphane Noeuvéglise. Des conditions sine qua non pour être définitivement adoubée par la profession.

Article de Jean-François Leray à lire en intégralité dans Profession Carrossier n°116.

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