« Avec la montée en gamme des véhicules, la réparation devient une expertise technologique », juge Olivier François, directeur du CFA de la FFC. La généralisation des ADAS constitue sans doute l’illustration la plus marquante de cette évolution, obligeant désormais les ateliers à maîtriser le diagnostic électronique, les procédures constructeur et les opérations de recalibration. « Au moindre système défaillant — direction assistée, capteur, assiette du véhicule, pneu sous-gonflé ou même coffre trop chargé — la calibration devient impossible. La pose du pare-brise doit également être réalisée avec une extrême précision afin de garantir un positionnement parfaitement conforme », indique Olivier Alamelou, responsable technique du groupe VSF.
Une compréhension du véhicule dans son ensemble
Parallèlement, l’arrivée de nouveaux matériaux – aluminium, composites ou aciers haute résistance – transforme les méthodes de réparation. Afin de préserver les performances mécaniques du véhicule, les opérations de soudage, rivetage ou collage doivent désormais suivre scrupuleusement les préconisations constructeur. « La complexité croissante des pièces (formes, assemblages, matériaux mixtes) pousse les fabricants à développer des machines plus puissantes, plus modulaires et plus polyvalentes. Mais cette évolution technique impose une réalité : les carrossiers doivent obligatoirement se former aux nouvelles méthodes et suivre les process constructeurs », rappelle Michael Cula, PDG de CarProXpert, spécialiste de l’outillage et du matériel de carrosserie automobile. Les véhicules électriques, notamment certains modèles Tesla, accentuent encore cette évolution avec des structures plus complexes et moins démontables. « La réparabilité carrosserie sur certains modèles demande des évolutions : travail du matériau, soudure spécifique… », observe Régis Bodin, responsable pédagogique chez DAF Conseil. Enfin, l’électronique embarquée prend une place croissante dans les éléments de carrosserie, avec des capteurs et caméras intégrés directement aux équipements du véhicule. Le remplacement d’un composant peut ainsi nécessiter un paramétrage électronique ou une mise à jour logicielle. « La réparation devient une intervention globale nécessitant une compréhension du fonctionnement du véhicule dans son ensemble », estime Olivier François. Car derrière cette montée en gamme des véhicules se joue avant tout un enjeu de sécurité, alors que les récents cas de « freinage fantôme » ont rappelé l’importance du bon fonctionnement des capteurs embarqués.
Investissements et formation
Pour les carrossiers, cette montée en gamme exige de nouveaux investissements : systèmes de recalibration ADAS, poste de soudage aluminium, outils de diagnostic électronique ou encore équipements dédiés aux nouveaux matériaux… Les interventions deviennent également plus longues et plus encadrées. De nombreux réparateurs préfèrent ainsi encore s’appuyer sur des partenaires spécialisés plutôt que d’investir immédiatement dans plusieurs systèmes de calibration. Les constructeurs imposent par ailleurs des procédures strictes, tandis que les assureurs demandent des preuves de conformité, faisant de la traçabilité une composante à part entière du métier. L’accès aux données constructeur devient lui aussi stratégique : « Nous poussons nos carrossiers à être accrédités SERMI pour avoir accès à ces données », souligne Catherine Duyck, responsable nationale réseau AD Carrosserie. Cette évolution impose ainsi une montée en compétence continue des ateliers, autour des habilitations électriques et des accès sécurisés aux systèmes constructeurs : « Aujourd’hui, 100 % de notre réseau dispose des habilitations électriques, notamment la B0L, B1VL et la B2VL », illustre Christophe Coin, consultant services et réseau chez Acoat Selected. Pour accompagner cette évolution, le réseau a notamment recruté un formateur dédié afin de déployer l’ensemble de son programme de formation, en complément des équipes techniques terrain.
Des profils de plus en plus spécialisés
Mais si la nécessité de se former fait désormais consensus, la montée en compétence reste parfois plus difficile à mettre en œuvre sur le terrain. « Nous relançons régulièrement les ateliers pour se former, car les habilitations électriques deviennent progressivement incontournables sous la pression des donneurs d’ordre, même si nous restons aujourd’hui davantage dans une logique d’incitation que de contrainte. », détaille Adeline Bourdon, présidente du réseau Axial. Et l’enjeu devient également économique, estime Catherine Duyck : « Si les carrossiers ne sont pas équipés et formés pour intervenir sur des véhicules de moins de trois ans, correspondant aux flottes et aux loueurs, ils se couperont rapidement d’une partie de l’activité BtoB du marché de la réparation ce qui est très dommageable dans un marché où la sinistralité est en baisse ». AD Carrosserie structure ainsi progressivement la montée en compétence de son réseau autour d’un cursus obligatoire déployé jusqu’en 2027. Objectif : « faire en sorte que chaque année, le carrossier ait participé à trois formations ». Face à ces mutations et alors que de nouvelles spécialisations apparaissent déjà dans les ateliers (techniciens dédiés au pré-scan, au diagnostic ou à la calibration ADAS), le métier pourrait ainsi voir émerger des profils de plus en plus spécialisés, estime Xavier Senecal, responsable des enseignements techniques et professionnels au Garac : certains davantage tournés vers la réparation automobile, d’autres vers le diagnostic et les opérations spécifiques, ainsi que « les geeks de l’automobile », un nouveau profil dédié à la cybersécurité, au paramétrage et à l’analyse prédictive.
Article de Charlotte Cousin à relire en intégralité dans Profession-Carrossier N°116.



